Pourquoi ai-je créé l’association « LES AMIS D’ÉCOVILLAGE MADAGASCAR » ?

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J’ai mal de voir mon pays et mon peuple dans l’état où il est aujourd’hui. Je ne reconnais pas le pays dans lequel j’ai grandi. Cela fait une cinquantaine d’années que la situation globale de Madagascar empire d’année en année. Tous ceux qui ont l’intérêt de ce pays à cœur reconnaissent leur impuissance.

Comme dans tous les pays, il y a toujours eu des pauvres à Madagascar. Mais la pauvreté n’est pas la misère. Manger par terre, ne pas avoir d’eau courante ni électricité, vivre dans une maison en torchis ou en feuilles tressées, marcher pieds nus, n’avoir que le strict nécessaire ne sont pas la misère.

La vrai misère est celle d’avoir perdu son âme, d’avoir perdu ses valeurs ancestrales et d’être ballotté par des événements dont vous n’êtes pas maître et dont vous ne savez pas comment sortir.

Mes plus beaux souvenirs d’enfance me ramènent dans la campagne malgache où je passais toutes mes vacances chez ma grand-mère. La vie y était simple et frugale mais ma grand-mère possédait de grandes richesses. Elle connaissaient et cueillait les plantes pour soulager et guérir. Elle savait exactement quand et où planter ses graines pour avoir un jardin magnifique dont nous nous régalions. Elle savait vivre avec ce que la nature lui offrait et elle savait le partager avec les autres. Elle aidait les femmes accoucher et conseillait les mamans après avoir elle-même élevé seule 9 enfants suite au décès précoce de son mari. Dans ma famille, nous en parlons toujours avec grand respect et reconnaissance.

Aujourd’hui nous sommes témoins d’une pauvreté qui réduit les gens à l’esclavage. Toute une classe de la société malgache souffre de la faim et n’a accès ni à un logement décent ni aux soins rudimentaires surtout dans les grandes villes où les gens viennent s’entasser dans les bidons-villes. Le plus douloureux est de voir l’énergie du désespoir que déploient ces gens pour vivre d’expédients en sachant très bien que quoi qu’ils fassent ils ne s’en sortent pas.

Nous sommes également témoin d’un écart de plus en plus important entre les plus riches et les plus pauvres. La classe moyenne dont ma famille faisait partie a pratiquement disparu. Actuellement, d’un côté les uns se barricadent dans des propriétés sécurisées et de l’autre les enfants jouent dans les égouts et ramassent de quoi manger sur les décharges. Ces différences engendrent la convoitise, la violence et une méfiance réciproque chez un peuple de nature très pacifique.

Vivant à l’étranger, je suis également révoltée par les caricatures faciles que l’on entend sur la situation dans ces pays dits « en voie de développement » : ces gens là ne se bougent pas trop…. ils ne font rien pour s’en sortir….. si ils en sont là, ils y sont quand même pour quelque chose… ils n’ont qu’à faire moins d’enfants…..

Je me suis longtemps demandée comment nous en sommes arrivés là.

Ce n’est que récemment que je comprends à travers mes lectures et sources d’information que :
la pauvreté et la faim dans le monde sont orchestrées de façon globale par la spéculation sur les denrées alimentaires
les pays pauvres s’acquittent depuis des années d’une dette indue envers les pays riches et sont poussés à s’endetter encore plus pour survivre via des organismes tels le FMI et la Banque Mondiale
les dirigeants des pays pauvres doivent se plier à des injonctions extérieures et n’ont pas pouvoir de décision pour les questions les plus importantes. Quelques dirigeants courageux et honnêtes qui ont voulu changer les choses ne sont pas restés longtemps au pouvoir, plusieurs y ont laissé leur vie
l’agriculture traditionnelle des pays pauvres a été détruite afin d’introduire les monocultures destinées aux exportations peu rentables vers les pays riches
les richesses minières et naturelles des pays pauvres sont pillées par des multinationales puissantes et incontrôlées
les pays pauvres servent de dumping aux surplus agricoles subventionnés venant des pays riches et sont un marché juteux pour les biens de consommation de mauvaise qualité dont les autres ne veulent pas
les savoir-faire et savoir-être ancestraux sont balayés par une sous-culture venue d’ailleurs sous forme de films et de vidéos très facilement disponibles et qui abreuvent des milliers de jeunes sans repères…….

De nature optimiste je veux pourtant regarder ce qui fait encore la force de mon pays. J’ai confiance dans ce peuple et dans la nature généreuse qui recouvre notre île. J’essaie de m’informer sur les causes du désastre qui nous frappe et j’ai le devoir d’informer les autres sur ce que je comprends. Je souhaite relayer et soutenir tout ce qui peut redonner espoir et rendre la dignité à quelques uns. Je suis convaincue que les bases de reconstruction doivent venir des Malgaches eux-mêmes et d’une prise de conscience générale. De plus en plus de personnes se rendent compte que notre monde tel qu’il est aujourd’hui n’est plus viable. Des voix s’élèvent pour dénoncer et surtout des énergies s’unissent pour faire autrement dans plusieurs pays. Je suis convaincue que nous pouvons faire ensemble à notre échelle et selon nos moyens, en changeant d’abord nos pensées et notre façon d’être afin que ce changement gagne nos peuples et nos pays respectifs.
Ce changement est possible…. il a commencé dans nos cœurs…….

Michelle Champion

  1. François LACOIN

    Rien ne se fait sans effort.
    A visiter ce site des amis d’Ecovillage Madagascar on est amené à s’émerveiller de page en page!
    Ainsi donc lorsque l’on a la conviction que lorsque que l’on se met à plusieurs à vouloir qu’un rêve se réalise l’impossible devient possible.
    Merci Michèle et Guy d’avoir voulu qu’à Madagascar s’invente jour après jour une manière de cultiver la terre et l’esprit pour améliorer la qualité de la vie.
    Merci aussi de permettre grâce à internet de se rendre compte de ce qui se réalise là-bas.

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