Arrivée à Tananarive, capitale de Madagascar

Ce qui frappe en arrivant à l’aéroport, ce sont ces gens qui essayent de récupérer quelques monnaies : contrôleurs sanitaires, douaniers, porteurs,  …  On est tout de suite dans l’ambiance.
Pour ceux qui ne connaissent pas la situation ici, cela est très agressif et certains touristes réagissent bruyamment.

Il vaut mieux être attendu à l’arrivée. Il y a aussi la crasse, le monde, la lenteur administrative.

Tananarive est une ville difficile : pollution, pauvreté, bruit, circulation dangereuse. Les routes défoncées amènent les véhicules à zigzaguer entre les trous. Le piéton n’est pas prioritaire. Malgré tout, le trafic reste fluide, tout se négocie du regard. Il y a toutefois d’énormes embouteillages aux heures de pointes.
Quand on marche, les trottoirs étant inexistants ou encombrés, il faut être attentif, regarder où poser ses pieds pour éviter trous et détritus et se retourner régulièrement car des véhicules peuvent se déporter pour éviter un trou ou dépasser.

L’essence est presque aussi chère que chez nous avec un salaire mensuel moyen de 31 €, soit
68 fois inférieur à celui de la France. De ce fait, certains y ajoutent toute sorte d’huiles pour en diminuer le coût. La fumée dégagée s’additionne à la poussière pour donner un air irrespirable.

Circulation à Tana Madagascar
Circulation à Tana
Circulation à Tana Madagascar
Circulation à Tana

 

La débrouille

La plupart des rues sont envahies par de petits commerces sauvages. Pour survivre, chacun essaye de vendre le peu qu’il a pour assurer un repas : quelques bouts de bois ou de charbon, quatre ou cinq citrons, des fruits ou légumes posés à même le sol ou sur une toile crasseuse juste à côté du caniveau nauséabond. Viennent ensuite quelques étales où les légumes sont bien présentés, rafraîchis régulièrement avec une eau saumâtre. On trouve aussi multitude de petites boutiques montées avec quelques planches sur une surface d’un mètre carré cinquante avec toutes sortes de choses : plomberie, pièces de voiture, graines, charcuterie, boucherie, fabrique de beignets ou de gâteaux de riz, téléphones portables, fringues de récupération, chaussures usagées, etc.

 

Vendeurs de rue à Madagascar
Vendeurs de rue

 

Vendeurs de rue
Vendeurs de rue

 

 

Vendeurs de rue à Madagascar
Vendeurs de rue

 

petites boutiques à Madagascar
petites boutiques

 

Marché
Marché
La débrouille
Quelques saussices

Les contrastes

Certains quartiers aux rues plus larges sont les restes de la colonie française. Ils sont occupés par quelques grandes familles ou par les nouveaux riches. C’est le lieu des grandes propriétés entourées de hauts murs surmontés de bouts de verre ou de fils de fer barbelés.

Ailleurs trônent les multinationales qui affichent un luxe indécent dans cet environnement.

 

Comme il est assez difficile de circuler dans une agglomération de 2,2 millions d’habitants, la plupart des gens sont à pied ou prennent un taxi be (petites fourgonnettes dans lesquelles s’entassent une trentaine de personnes à raison de cinq par rangée). Tout est au gabarit malgache. Il est difficile de caser ses jambes et impossible d’éviter le contact avec son voisin.

Taxis be à Madagascar
Taxis be
Dans la rue, les gens marchent vite, souvent très élégants et presque toujours chargés. Beaucoup de femmes ont leur bébé dans le dos, un baluchon sur la tête et encore un gros colis sous le bras.

Port de tête
Port de tête
bébé dans le dos
bébé dans le dos
Les rochers permettent à des familles de vivre en transformant quelques pierres en graviers qui seront vendus sur place.

Concassage du granit à Madagascar
Concassage du granit

 

 

Tananarive est construite au milieu de collines

Vue d'une colline de Tananarive
Vue d’une colline de Tananarive

Le transport de marchandises dans la ville est majoritairement assuré avec des chariots poussés par un à quatre hommes suivant la charge.

Traction humaine

Traction humaine

Traction humaine
Traction humaine

Le frein est un bout de pneu qui traîne au sol sur lequel monte le conducteur. Lors des descentes, les hommes doivent retenir la charge et pousser très fort dans les montées.

Port de tête
Port de tête : approvisionnement en eau

L’aisance du port de tête est impressionnant.

Port de tête
Port de tête
Port de tête
Port de tête

 

 

Dans cette ville de contrastes, s’entrecroisent : 4×4 flambants neufs, 2 CV, 4L et toutes autres voitures d’un autre âge qui roulent encore. On voit parfois une charrette tirée par 2 zébus, quelques vélos, des motos transportant toute une famille et même des pousse-pousses.

4x4

4×4

camions
camions
4L
4L
Traction humaine
Traction humaine
pousse-pousse
pousse-pousse

 

 

La débrouillardise et l’adaptabilité du Malgache sont sans pareil. Tout est réparable. Chaque chose a toujours plusieurs vies bien souvent détournée de son objet primitif.

Réparation d'amortisseur
Réparation d’amortisseur
Réparation de pneux
Réparation de pneus

Les prises de risques sont considérables

Echaffaudage
Échafaudage

 

Echaffaudage
Échafaudage
Echaffaudage
Échafaudage
production locale
Savons de fabrication locale

Mais on se débrouille toujours.

Souvent dans la plus grande illégalité. Plus de 90% de travail se fait au noir. L’état ne fait rien pour les Malgaches, mais les Malgaches ne font rien pour l’état. Les combines de toute sorte deviennent la norme. Elles commencent au plus haut niveau de l’état, touchent les fonctionnaires et créent des disparités de revenus flagrants.

Vente de copies de CD à la sauvetteVente de copies de CD à la sauvette

Cette capacité à s’adapter, lui fait aussi accepter l’inacceptable.
Les infrastructures élémentaires sont déficientes. Eau non potable, peu d’eau courante, égouts qui débordent, coupures d’électricité, routes défoncées, bas-côtés des routes inexistants ou défoncés.

Bac à ordures
Bac à ordures

La majorité des infrastructures datent de l’époque coloniale. Elles sont mal entretenues et n’ont pas suivi la démographie galopante.

Ramassage des ordures
Ramassage des ordures
Sans abri près de la benne à ordures
Sans abri près de la benne à ordures

 

Récupérations et ramassage des ordures
Récupérations et ramassage des ordures

Ramassage des ordures aléatoire. Les bennes à ordures, quand il y en a, sont visitées par des affamés de tous âge qui n’ont que ça pour se nourrir.
Aucun système social ne s’occupe de ces classes sociales défavorisées. Seulement 3% de la population atteint 65 ans. Le taux de mortalité des moins de cinq ans est de 58% .

L’état est absent du pays. Les hommes politiques se succèdent et puisent largement dans la caisse. Le pays est vendu aux étrangers (richesses du sous-sol, littoral, eaux territoriales, terres, pierres, etc.)
La corruption s’installe partout. Se sentant impuissants, les gens préfèrent en rire.

La culture Malgache, est basée sur le respect des traditions, le respect de l’autre et des différentes ethnies. Il existe une forte entraide au sein des familles. Il y a beaucoup de tabous qu’il faut respecter.  L’arrivée d’étrangers qu’ils appellent « Vasaha » bouscule cet équilibre.

Le Vasaha dérange, mais il est aussi souvent considéré comme une manne économique. Tout étranger est toujours vu comme plus riche que soi. Il y a souvent deux prix : le prix pour le local et le prix « Vasaha » qui est encore très bon marché pour l’étranger.

 

L’avidité des multinationales n’a pas de limite. On voit ici une montage rasée en quelques semaines pour extraire des blocs de granit de 23 tonnes qui seront expédiés en chine pour faire des salles de bain. Les chinois ont obtenu une concession de 40 ans d’exploitation.
Alors que des familles entières cassent quelques rochers pour assurer un repas.

Montagne de granit rasée
Montagne de granit rasée
Blocs de granit de 23 tonnes
Blocs de granit de 23 tonnes

L’économie libérale est à l’opposé de cette civilisation du respect. Les malgaches qui adoptent « le chacun pour soi » sont mal considérés. Pourtant, en situation de survie beaucoup y sont obligés et perdent leur âme.

Dès qu’on sort de la ville, tout est différent. Bien sûr, il y a les routes défoncées, la poussière et la pauvreté encore présentes. Mais la pauvreté ici est digne, les gens sont souriants et accueillants. La terre est généreuse. Il suffit de s’en occuper. Les arbres produisent abondamment. Les bananiers poussent partout. Mais la terre est basse et arriver à se nourrir aujourd’hui demande tellement d’efforts qu’il est difficile de se projeter dans l’avenir.

Beaucoup tentent leur chance en ville et finissent par rejoindre les bidons-villes.  On fait toujours au plus simple. Comme un arbre ne produit pas de suite, pourquoi en planter. Si un bout de ficèle permet de réparer, pourquoi faire plus compliqué.

Les salaires sont si bas, que la qualité est inaccessible. Les multiples petites réparations ne coûtent pas grand-chose et font vivre beaucoup de gens.
Le foncier est un vrai problème. La transmission de propriété a souvent été faite de manière orale. Tous les terrains ne sont pas cadastrés. Cela crée des litiges entre occupants et propriétaires. Beaucoup de terres appartenant à de gros propriétaires parfois expatriés ne sont pas cultivées. La justice parfois corrompue peine à rétablir le droit.

Les produits chinois bon marché équipent aussi les maisons bourgeoises. Le manque de rigueur dans le travail est une habitude.

La population est vaillante, instruite, astucieuse, mais ne va pas au bout des choses. On fait toujours au plus simple.

Ceci peut s’explique par la différence de climat. Une maison n’a pas besoin d’être bien isolée si l’hiver n’est pas rigoureux. Elle n’a pas besoin d’être solide  mais facile à reconstruire puisque le cyclone risque de la détruire.

Alors comment et pourquoi investir dans le durable ?

Solutions

Il y a pourtant des manières de simplifier la vie des paysans. La Permaculture est une solution.
La gestion de l’eau est une priorité. Dans ce pays très vallonné. Il y a, selon les régions, plus ou moins six mois de pluies et six mois de sécheresse. Seuls les fonds de vallées sont cultivés. Les coteaux sont délaissés parce-que trop secs. Pourtant l’existence d’anciennes terrasses prouve que cela est possible. On peut réaliser quelques canaux suivant les courbes de niveau pour permettre à l’eau de s’infiltrer dans le sol au lieu de le raviner. Il faut replanter les arbres qui faisaient la fierté de l’île verte pour retenir le sol. La phytoépuration permettrait d’assainir les eaux usées. Les femmes et les enfants font des kilomètres avec des bidons d’eau sur la tête. Des puits sont creusés sans prendre en compte l’écoulement des eaux usées. Les nappes phréatiques sont souvent polluées. La canalisation des eaux et le traitement des eaux usées changeraient la vie des Malgaches. Des pompes manuelles ou solaires libéreraient des heures et des heures de déplacements.

La terre est riche et ne demande qu’à produire.

Un arbre nourricier est facile à planter : les bananiers, manguiers et papayers poussent partout. La diversité du climat permet d’avoir des fruits toute l’année.

Le riz est la culture dominante, mais elle peut être complétée largement par toute sorte de légumes cultivés sur buttes recouvertes de paillages qui peuvent produire toute l’année.
Le soleil toujours présent peut fournir l’énergie nécessaire.

Il ne faut pas grand-chose pour rendre à ces paysans l’autosuffisance alimentaire.

Pillage

Si seulement l’occident restituait un dixième de ce qu’il a pillé, ce pays passerait de la déchéance à l’abondance. Car c’est un pays très privilégié par ses ressources et ses climats.

Mais le système dans lequel nous vivons a besoins de pauvres pour être concurrentiel. Il peut ainsi exploiter une main d’œuvre bon marché et donner quelques pourboires à ceux qui détiennent le pouvoir en échange des matières premières.

Au lieu de rendre ce qu’il a volé, il prête à des taux usuriers demandant aux pays de produire des produits exportables pour rembourser les dettes, alors que celui-ci a du mal à se nourrir. Ici, pour rembourser uniquement le capital « aidé », il faut trouver l’équivalant de 68 € dans l’économie locale pour chaque euro emprunté. A cela, s’ajoutent bien sûr les intérêts. Il est donc tout à fait impossible de rembourser la dette.

De plus, ces emprunts sont de fait reversés à des entreprises occidentales qui réaliseront les travaux. Avec au passage de fortes commissions distribuées aux politiques voire parfois des rétro-commissions pour les multinationales ou les états. Tout ceci bien sûr sera prélevé sur l’économie locale.

 

 

 

La corruption instituée par les multinationales infeste le pays et s’étend aux fonctionnaires, police, armée, etc.

Tout prêt du FMI ou de la banque mondiale ne fait qu’aggraver la situation du pays.
La seule façon acceptable d’aider le pays est le don qui est en fait une partie de remboursement du pillage colonial et surtout post colonial.

La situation actuelle est bien pire que lors de la colonisation. Le colon, pour s’implanter avait besoin d’infrastructures et défendait une image de marque afin d’imposer sa culture.

Aujourd’hui, le néo colonialisme est bien plus proche de la piraterie. Il prélève les richesses, exploite la main d’œuvre, soudoie les politiques sans aucune retombée pour le pays.

Il favorise les écarts de richesse afin de pouvoir traiter uniquement avec des gens « respectables » c’est-à-dire prêts à défendre les intérêts des multinationales.

Et chez nous ?

Paradoxalement le même système est appliqué en Europe, mais ce n’est pas flagrant. On voit bien qu’il y a de plus en plus de pauvres, on est de plus en plus au courant des scandales financiers. On est choqué quand on apprend les revenus de certains. On voit les écarts se creuser chaque jour. Mais on ne se sent pas concerné. On est logé, nourri, on a un minimum de confort, on peut prendre des vacances, alors que vouloir de plus ?

Nous sommes aussi incapables de nous projeter dans l’avenir, pourtant les indicateurs sont là, la situation de la Grèce ou de l’Espagne devraient nous alarmer. Non, nous sommes comme les Malgaches, résignés et passifs… Jusqu’à quand ?

Conclusion :

Madagascar reste malgré tout un pays magnifique d’une biodiversité tout à fait unique. La population est attachante, habituée à se contenter de peu, respectueuse de la nature et forte d’une grande résilience. Face aux prochaines crises économiques qui nous attendent, ce peuple et ce pays sauront mieux rebondir que nos civilisation habituées au superflu.
Aider Madagascar, c’est aussi nous aider. Planter des arbres là-bas ne nous coûte presque rien et c’est bon pour le climat de la planète. Madagascar peut devenir facilement un modèle de développement dont nous aurons besoin après la prochaine crise. La fraternité entre les peuples est le meilleur moyen de sortir de ce système qui est en train de nous détruire.