Visite des Sites Ecovillage Madagascar mai 2017

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Suite à la visite que nous avons faite de tous les sites et aux rencontres avec les différents membres d’Ecovillage Madagascar, nous vous faisons part de nos constatations et de nos projets pour 2017.

SÉCHERESSE EXCEPTIONNELLE DÉBUT 2017

Cette année, tout le pays a subi de plein fouet les conséquences du changement climatique. La saison des pluies qui s’étale normalement de novembre à avril, n’a commencé qu’au mois de février.

Des hectares de riz n’ont pas pu être plantés à temps. Cela présage une année de pénurie et de hausse des prix que la population déjà précaire subira très durement.

Toutes les cultures ont souffert et nous en voyons les traces sur tous les sites du réseau Ecovillage Madagascar.

 

Cela nous amène à nous interroger sur la gestion de l’eau dans les différents sites. Nous constatons le manque de canaux et de bassins de rétention comme le préconise la permaculture.

D’autre part, les arbres plantés qui devraient retenir les eaux de ruissellement sont encore très jeunes. Certains n’ont pas résisté à la sécheresse.

Il est à noter également qu’à Madagascar il est difficile de trouver assez de paillage pour couvrir les cultures. Les buttes en général sont peu protégées contre la sécheresse.

PERMACULTURE : UNE SOLUTION A LONG TERME

Suite à nos visites et à nos échanges avec les acteurs locaux, nous constatons que la permaculture est une solution à long terme.

 

Il faut du temps pour que les éléments permacoles mis en place agissent :

– pousse des arbres

– alimentation de la nappe phréatique

– reconstitution du sol….

Les acteurs sur les différents sites ne peuvent pas se permettre d’attendre ce lent travail de la nature. Il faut vivre et nourrir la famille. Ils se concentrent d’abord sur des potagers en butte qui peuvent fournir quelques légumes mais ils sont tributaires des aléas climatiques et du manque d’eau.

 

 

 

VISITE DES DIFFÉRENTS SITES

 

Betsizaraina

Annie et la famille de Naivo ont implanté des buttes disséminées dans le bois en contrebas des habitations.

Ces buttes ne profitent pas beaucoup du soleil et le terrain est très pentu. Pour le moment le résultat est faible.

De plus Annie n’ose pas se servir des aiguilles de pins en abondance pour pailler ses buttes. Nous lui avons parlé de l’expérience de Philip Forrer qui les utilise.

Par contre, autour des habitations la production de légumes est encourageante car Annie a investi dans une pompe à eau qui alimente la maison et le jardin.

visite du site Betsizaraina
jardin potager

 

visite du site Betsizaraina
fiers de leurs légumes

Permacantine à Betsizaraina

L’école primaire publique de Betsizaraina accueille beaucoup d’enfants défavorisés. Certains font jusqu’à 6 kilomètres à pieds pour venir à l’école. Beaucoup ne mangent pas à leur faim.

Annie a décidé d’aider à implanter une « permacantine » à l’école. C’est un projet de potager en permaculture autour de l’école pour fournir la cantine en légumes. Les techniciens d’Ecovillage Madagascar encadrent le projet. Les parents se relayent pour la mise en place du potager et pour les travaux les plus physiques. Les enfants arrosent et surveillent le jardin. Les Amis d’Ecovillage Madagascar vont financer ce projet :

– salaires des techniciens

– achat d’accessoires et graines pour le jardin

– achat d’accessoires pour la cuisine et la cantine

Nous avons rencontré les institutrices, les parents d’élèves et les enfants. Tous sont enthousiastes et nous espérons vraiment que cela débouchera sur l’installation pérenne d’une cantine dans cette école. Les institutrices ont souligné combien les résultats scolaires sont affectés par la malnutrition des enfants.

Soamahary

La sécheresse s’est fait durement sentir sur ce site. Judi se rend compte que le système de goutte à goutte qu’il avait installé n’a pas été efficace. Ce système exige un approvisionnement régulier en eau, ce qui n’a pas été le cas.

Pendant les mois de sécheresse Judi et Hanitra ont implanté des buttes de permaculture tout autour de leur habitation et cela leur a permis d’avoir assez de légumes pour la famille pendant plusieurs mois. Grâce à la solidarité familiale ils ont pu avoir également du riz.

visite du site Soamahary
vue d’ensemble du site

Judi nous a confié comment, lui qui voulait toujours partager l’abondance avec les autres, s’est senti soudain égoïste et révolté de ne pas pouvoir subvenir correctement aux besoins de sa propre famille : une prise de conscience qui secoue.

Pendant que nous étions là-bas, Judi et Hanitra ont eu un petit garçon qu’ils ont appelé Manohy, qui veut dire « nous persévérerons ». Nous admirons leur courage. La vie n’est pas facile pour tous ces jeunes qui veulent s’en sortir honnêtement.

 

 

Malaza

Christian est apiculteur. Il a déjà plusieurs arbres fruitiers sur son site et a commencé des buttes pour y planter des légumes.

La famille de paysans qui travaille avec Christian est déjà autosuffisante. Ils cultivent selon les méthodes traditionnelles malgaches et s’intéressent à la permaculture. Leur site n’a pas trop souffert du manque d’eau. Après la récolte de leur riz ils font de la pisciculture et élèvent des canards et des oies sur les rizières encore inondées. Ils ont également deux vaches, un cochon et quelques poules autour de la maison. Ils semblent gérer le tout avec beaucoup de bon sens.

visite du site Malaza
pisciculture et oies

 

Nomena

Lors de notre dernier voyage, nous avions participé à la récolte et la distillation de l’huile essentielle de Ravintsara produite par le site Nomena. Lova, propriétaire de ce site est spécialisé dans les huiles essentielles. Son site est planté principalement d’essences endémiques bio qui sont distillées sur place dans un alambique construit par Lova. Comme beaucoup dans le réseau EVM, Lova souhaite accueillir des stagiaires pour des formations aux huiles essentielles et à la permaculture. Son lieu vétuste nécessite beaucoup de travaux.

Visite du site Nomena
Les environs de Nomena

Tananaravo

Paolo est un artiste. Son rêve est de combiner la permaculture et l’art. Le potager est cultivé par des paysans musiciens. Paolo pratique également l’art de la récup qui permet de créer des objets artisanaux. Ils réparent aussi de vieux instruments de musique tandis que sa compagne s’initie au tissage ancestral. C’est un site très créatif où il fait bon vivre qu’il a baptisé « village joie » . Là aussi se pose le problème de l’eau. Un voisin a creusé un puits très profond qui affecte les ressources du site. De plus, les habitations sont construites en hauteur loin de la source et l’énergie solaire ne permet pas d’alimenter une pompe appropriée. Paolo a notamment installé des toilettes sèches avec cabine déplaçable. Une solution intéressante qui pourrait réduire le problème de vidage.

visite du site Tananaravo
Artisanat au village joie

 

Ambohimanga

C’est le site familial de Andry (qui est à l’initiative d’EVM). Un marché paysan pour vendre des légumes bio vient d’être installé le long de la nationale 3 mais il ne remplit pas encore vraiment son potentiel. Le site subit un manque d’eau chronique et la sécheresse n’a rien arrangé. La pépinière a pourtant déjà fournit les autres sites en divers plants d’arbres notamment endémiques. Andry souhaite également installer un cyber lieu pour permettre aux jeunes des alentours de s’ouvrir notamment à la permaculture et à d’autres sujets de transition.

visite de Ambohimanga
le marché bio d’Ambohimanga

 

Talata (site initial d’EVM)

Le litige concernant le terrain de ce site est toujours en cours. On ne sait pas jusqu’à quand.
Un peu isolés, Célestin et sa famille retournent plus ou moins à l’agriculture traditionnelle. C’est une solution de facilité et toute la famille en vit.

Géographiquement, Talata serait pourtant idéal pour l’implantation d’un vrai site de permaculture avec quelques familles qui en vivraient.

Plusieurs des jeunes techniciens avec qui nous avons échangé rêvent de s’y installer mais les difficultés administratives freinent tout le monde.

Judi et Hanitra, Dola et Aina, probablement Fanilo et sa famille seraient des candidats potentiels pour habiter le site.

Les trois jeunes couples ont vraiment le profil des néo-ruraux actuels qui retournent à la terre : un bon niveau d’instruction, curieux, motivés et prêts à faire des expériences innovantes.

Ils auraient bien sûr besoin d’un coup de pouce financier pour commencer avant d’atteindre l’autosuffisance.

Si le site de Talata remplit vraiment son potentiel ce serait un véritable écovillage en permacuture. Les formations pourraient s’y tenir.

Ecovillage Madagascar a besoin d’une vitrine pérenne pour asseoir sa crédibilité et convaincre le paysan malgache qui, comme tous les paysans, ne change pas facilement ses habitudes.

 

PARTENARIAT AVEC « ECHANGES NON MARCHANDS »

Nicolas Sersiron, auteur du livre « Dette et extractivisme » qui décrit bien la situation économique des pays du sud est également à l’origine de l’association « Échanges non marchands ». Son association soutien un site en permaculture à Befotaka Nord au nord ouest de Madagascar. Nicolas a visité les sites d’EVM avec nous. Dola, un des techniciens d’EVM passera quelques mois à Befotaka pour accompagner le projet permaculture du site.

Lors de son passage, Nicolas a notamment donné deux conférences sur la dette et l’extractivisme à l’Université et à l’Institut d’Etudes Politiques de Tananarive.

De tels sujets sont rarement abordés à Mada. Le public étudiant à réagi avec beaucoup d’intérêt.

 

 

PROJETS DES AMIS D’ECOVILLAGE MADAGASCAR EN 2017

Les voyages à Mada sont toujours porteurs d’espoir lorsqu’on voit tout le potentiel qui existe et en même temps décourageants face aux difficultés et à l’ampleur de la tâche.

Cette année, nous allons soutenir le projet de permacantine à Betsizaraina. Les enfants comptent sur nous. Leur cantine doit commencer à fonctionner à partir de la rentrée prochaine. Nous ne pouvons pas rater ce rendez-vous.

Ce projet a plusieurs avantages :

– à Betsizaraina, il permettra aux parents de s’initier à la permaculture et de collaborer dans un projet collectif en faveur des enfants. Ces derniers initiés à ces méthodes très tôt motiveront leurs parents.

– chez nous, ce projet présenté aux écoles ouvrira les élèves à un monde différent et les interrogera sur les questions essentielles de la vie tout en leur faisant découvrir la permaculture.

Pour appuyer ce projet nous essayons d’être plus visibles sur l’Agglomération de Cergy-Pontoise cette année. Nous serons présents sur le forum des Associations à Cergy. Nous souhaitons également organiser quelques conférences sur le sujet avec un petit film et des photos à l’appui.

Enfin nous recherchons un jumelage entre une école primaire de l’Agglomération et l’école de Betsizaraina. Toute aide est la bienvenue…..

Nous comptons vraiment sur vous pour mener à bien ce beau projet porteur d’espoir et tourné vers l’avenir !

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